Les principes fondateurs du centre

Par Serge Renaudie – Juin 2013

Respecter les principes fondateurs du Centre Jeanne Hachette.

L’urbanisme du centre Jeanne Hachette repose sur un premier principe : le sol de la ville appartient aux citoyens, aux habitants d’Ivry-sur-Seine et à toute personne y passant. On peut considérer que Jeanne Hachette est une mise en application du «Droit à la ville» qui lutte contre la dépossession du territoire urbain par ses habitants.

Le centre Jeanne Hachette est donc traversé de circulations piétonnes libres offrant au niveau de la rue, comme en étage, la possibilité de traverser le centre-ville sans être obligé de redescendre au niveau des automobiles. Cette continuité urbaine des déplacements piétonniers constitue un des principes d’organisation de la rénovation du centre-ville, mettant en relation les différents îlots. Cette «irrigation» des îlots est vitale pour le centre-ville, comme l’est le sang dans un corps vivant.

Le second principe qui organise l’urbanisme du centre Jeanne Hachette réside dans la mixité fonctionnelle tant recherchée aujourd’hui. Le centre Jeanne Hachette est exceptionnellement riche : commerces, grands commerces, bureaux, logements, espaces publics, terrasses en jardins, etc, offrant une diversité des usages et des raisons de se rendre dans le centre-ville. Cette capacité à diversifier les activités est une garantie du fonctionnement d’un centre-ville.

Face à une société où la consommation dirigée «colonise » la vie quotidienne, le centre Jeanne Hachette propose une autre pratique de la ville où marchandise et administration ne sont pas les seules activités centralisatrices d’un centre- ville.

Le troisième principe consiste en un dépassement des éléments formels qui structurent le langage architectural. Comme toutes les disciplines instituées, l’architecture possède des codes qui semblaient immuables, la façade verticale avec la toiture en pente constituent des archétypes dans lesquels les architectes s’essayent à des écritures de styles différents. Jean Renaudie donne une nouvelle vocation à l’architecture en bouleversant les notions de façade et de toiture pour donner aux habitants et au végétal la vocation de «terminer» l’architecture en la recouvrant. Ce sont effectivement les habitants qui, en s’appropriant les terrasses, en constitue l’image, elle-même changeante avec les saisons et l’évolution de la végétation.

Jean Renaudie avait confiance en la capacité créative de chaque individu. Si un bâtiment ne se couvre pas de végétation, si ses terrasses restent désertes, c’est qu’un malaise l’habite. Son architecture de terrasses constitue ainsi une «façade sociale» composée par les relations qu’entretiennent les habitants entre eux et avec la ville.

Le centre Jeanne Hachette est la concrétisation d’une société d’échanges et de partages entre les citoyens face à une société individualiste de contraintes et de leurres.

Il va sans dire qu’un tel centre doit être l’objet d’une attention continue et stimulante face à une société cherchant à réduire et à aliéner les initiatives et les choix des habitants. Toute intervention des services municipaux ou des gestionnaires du entre Jeanne Hachette prend ainsi une importance et une signification politique dans le sens où, en s’ingérant dans l’organisation même du centre Jeanne Hachette, elle en favorise ou en affaiblit les qualités et en change l’image symbolique.

Ainsi aucune programmation n’est «gratuite» et la «bonne idée», consistant à y installer un seul type d’activité, est certainement une mauvaise idée car elle nuirait à la mixité fonctionnelle qui fait la richesse du lieu.

Il est urgent de renforcer le centre Jeanne Hachette en lui confirmant une vocation multiple et en y implantant des activités qui correspondent à ses capacités de fonctionnement. Vouloir le transformer en un seul équipement public, comme un centre administratif, comme vouloir en faire un centre commercial normalisé, procèdent de la même erreur qui consiste à réduire la pluri-fonctionnalité du centre Jeanne Hachette et à en anesthésier la vocation d’ouverture et de diversité.